Trip - À la recherche du diamant du désert

Un skate-trip en Namibie

Épargné par les sévices du temps, préservé des folies dévastatrices de l’homme, le désert du Namib s’étire sur l’Ouest namibien jusqu’à plonger ses dunes dans l’Océan Atlantique. Rythmée par un silence étourdissant, l’immensité hypnotise les voyageurs égarés que nous sommes. Peu à peu l’univers aride des songes semble nous ouvrir ses portes…

 

 

Windhoek, le point de départ. C’est là, au cœur de l’atypique capitale namibienne que notre équipe se retrouve et passe ses premières 48 heures en terre africaine. Esseulée au beau milieu d’étendues désertiques, l’ancienne cité coloniale allemande s’agite et tente de survivre. Aux premiers abords, cette destination apparaît pour le moins inattendue et inadaptée pour des aficionados du skateboard. Pourtant, en errant à travers les artères qui découpent méthodiquement l’espace urbain, nous ne tardons pas à découvrir plusieurs édifices et autres curiosités architecturales tout à fait propices à la pratique du skateboard. Nous en profitons pour rapidement emmagasiner les premières images d’action de notre périple. Le hasard nous fera même croiser la route d’un certain Morne, un jeune skateur namibien, fraîchement rentré d’une escapade sud-africaine, qui s’avèrera d’une précieuse aide et qui n’hésitera pas à nous dévoiler quelques-uns des meilleurs spots de sa cité. Windhoek, qui signifie « le coin du vent » en Afrikaans, est perché sur des collines semi désertiques à 1700 m d’altitude et offre un mélange architectural improbable, principalement dû à l’influence germanique héritée de la période coloniale du début du XXe siècle. Ainsi, une monumentale église luthérienne datant de 1910 domine fièrement la capitale, de nombreuses villas coloniales aux imposantes façades se succèdent dans les rues du centre-ville tandis que quelques tours de verre, symbole de modernité, à l’image du luxueux Hilton, tentent de crever le ciel. En périphérie de l’agglomération, l’énorme township de Katatura regroupe la très grande majorité de la population noire défavorisée. Comme chez son voisin, l’Afrique du Sud, dont elle fut le protectorat jusqu’à son indépendance en 1990, la Namibie conserve de nombreux stigmates de l’apartheid, toujours bien palpables, qui nous renvoient aux sombres heures de son histoire.

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Au bout de deux jours passés à sillonner la ville, notre groupe décide de changer de décor en faisant route vers le Sud.

 

L’excitation est palpable alors que nous partons à la découverte de ce mystérieux pays, l’un des moins densément peuplés de la planète (la Namibie figure au 2ème rang mondial). Tandis que nous nous engouffrons sur le ruban noir qui serpente à perte de vue, cisaillant les étendues de sable et de rocaille, un tout autre monde se dévoile progressivement sous nos yeux. Le désert, immense inconnue, aussi fascinant qu’effrayant. À mesure que nous nous enfonçons par-delà les collines arides, nous perdons nos repères. Seul l’horizon semble désormais guider notre route, incarnant une destination illusoire. Inutile de vouloir accélérer pour gagner du temps, le désert ne se prend pas de vitesse. L’asphalte rugueux se chargera de nous le rappeler en ayant raison de la roue arrière gauche de notre minibus. L’isolement et la vulnérabilité prennent ici un tout autre sens. Alors que la lumière orangée du crépuscule vient flirter avec le sommet des dunes, un village comme un mirage se dessine au loin. Nous sommes à Keetmanshoop, une petite parenthèse humaine où nous nous réfugierons pour la nuit.

 

Sortes de points-virgules qui viennent ponctuer notre long périple, les rares bourgades que nous croisons sur notre chemin sont des étapes salvatrices. On y mange, on y dort et on y skate tant que possible.

 

Elles se nomment Mariental, Lüderitz, Swakopmund… Des sonorités à l’étrange résonance lorsqu’on se trouve au fin fond du désert namibien. Leurs points communs ? Ce sont toutes d’anciennes citées coloniales allemandes. La vie ne les a pas encore complètement quittées même si l’absence semble avoir élu domicile dans la plupart de ces endroits. Les décors qu’elles nous offrent sont le plus souvent improbables, presque irréels, à l’image de la ville fantôme de Kolmanskop, ancienne cité diamantaire désertée par ses chercheurs en manque de trouvailles depuis les années 50. Ici comme ailleurs, le sable reprend peu à peu ses droits recouvrant progressivement chaque mètre carré de bitume. Malgré tout, nous parvenons quasi-systématiquement à déceler des spots. Une station-service, un rebord de fenêtre, une main courante dont l’usage n’est lui, plus vraiment courant… Chacun y va de sa petite contribution même si la pratique du skateboard devient presque anecdotique dans cette région d’Afrique Australe à la saveur si particulière.

 

L’Océan Atlantique n’est plus très loin. Comme plissées par le vent, les dunes de sable envahissent peu à peu le paysage. À mesure que les minutes passent, les rayons du soleil se font de plus en plus pesants. La température grimpe brusquement, mais l’air sec rend cette chaleur supportable. Le désert continue de dérouler sous nos roues une diversité insoupçonnée de paysages. Entre splendeur et pureté. Même les studios d’Hollywood sont venus tirer profit de ce splendide décor, pour le tournage de Mad Max, quelques mois plus tôt. Au bord de la piste, des nomades se réfugient à l’ombre d’un figuier. Un peu plus loin un troupeau d’Oryx, ces gazelles aux longues cornes et à la tête zébrée, broute paisiblement les herbages épars brûlés par le soleil. Nous les admirons quelques instants avant de poursuivre notre route, laissant derrière nous un nuage de poussière, sorte de signature éphémère de notre passage. Comme happés par ce désert hypnotisant, nous tenterons, pendant plus de 3500 kms, de découvrir les joyaux secrets qu’il voudra bien nous offrir. Au bout de la piste, des lambeaux de brume viennent caresser les pieds des collines donnant à la scène un caractère encore plus mystique…

 

Épilogue…

Au cœur de l’immensité désertique, l’imaginaire embrasse le réel si bien que le visiteur ne parvient plus à distinguer l’un de l’autre. Avec le recul, je comprends mieux les mots qu’écrivait St Exupéry à son sujet : « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence ».

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